Intervention de Delphine David concernant l’internationalisation des entreprises bretonnes

Intervention de Delphine David concernant l’internationalisation des entreprises bretonnes

Monsieur le Président, Mes chers collègues,

Nous nous réjouissons qu'enfin l'opposition régionale ait été entendue après près de 8 années d'interpellation de l'exécutif régional sur l'absence de lisibilité de la politique d'internationalisation des entreprises bretonnes. Je vous cite dans ce bordereau "les évaluations pointaient aussi un sentiment d'insatisfaction des chefs d'entreprises devant le manque de clarté et de cohérence de l'offre régionale". Il était donc temps d'autant plus que moins de 2% des entreprises bretonnes exportent alors même que la moyenne française est de plus de 3%. De plus, le chiffre d'affaires de ces dernières années créé par l'export de nos entreprises bretonnes est en baisse. Nous disposons donc d'une marge de progrès significative.

Monsieur Le Président et monsieur le conseiller régional en charge du développement économique vous vous réjouissez de cette fusion, ce que nous comprenons, notamment après 9 mois de travail entre la CCI international et Bretagne International. Pour autant, ce mouvement de clarification et de simplification est impulsé depuis plusieurs années par l'Etat et plus particulièrement au travers de la charte nationale à l'exportation entre l'Etat, les régions et les organismes œuvrant sur l'internalisation des entreprises. Cette charte a été signée le 12 juillet 2011 notamment par l'ARF. Son objectif est d'améliorer la lisibilité et l'efficacité du dispositif d'appui au développement à l'international et ainsi de créer un point d'entrée fonctionnel unique et identifié par les entreprises en région. La fusion entre la CCI international et Bretagne international est donc la résultante des engagements pris avec l'Etat l'année dernière et conforme avec la politique nationale de l'époque. Nous pensons d'ailleurs qu'une politique de commerce extérieur doit s'élaborer sur le plan national et qu'ensuite un seul et unique guichet régional pour la déclinaison opérationnelle de la politique. Cela va donc dans le bon sens.

Allons maintenant un peu plus au fonds du sujet, concrètement, quelle articulation instaurée avec Bretagne Développement Innovation, l'agence économique régionale ? Vous pointez dans votre bordereau un principe de "parfaite complémentarité avec Bretagne développement innovation". Les explications fournies en commission vendredi dernier posent plutôt un principe de subordination. En effet afin d'éviter les doublons dans les missions respectives, l'agence économique définira la stratégie notamment en matière d'export et Bretagne international en deviendrait le bras armé opérationnel. Nous comprenons qu'à ce stade il faille gérer les susceptibilités de chacun à la veille de l'assemblée générale extraordinaire du 10 juillet 2012 mais ce principe doit être formellement posé dès aujourd'hui au regard du volume des fonds publics déployés sur ces différentes structures. Les trop nombreux doublons et portes d'entrées desservent jusqu'à présent les objectifs poursuivis. Il conviendrait donc de ne pas parler de complémentarité c'est à dire de juxtaposition de structures mais bien de subordination. Soyons clairs et transparents pour la réussite de cette fusion.

Vous parlez également aujourd'hui d'une impulsion forte. Ce doit être un copier collé malheureux du bordereau concernant l'agence économique qui parlait déjà à l'époque de cette forte impulsion. Or, vous posez uniquement, aujourd’hui, le volet juridique au sein de ce bordereau. En aucun cas cette transformation ne traduit une impulsion forte donnée à l'exportation de l'économie bretonne. Quels objectifs alloués à cette nouvelle structure ? Quelle est la pertinence des différents dispositifs ? Le choix des pays visités est-il toujours efficient ? Quelle croissance pourrait-on attendre d'une nouvelle politique ? A aucun moment vous explicitez cette impulsion, à aucun moment ne se traduit un ou plusieurs objectifs traduisant l'effort financier régional qui s’est porté pendant plusieurs années à 2,7M€ et qui aujourd’hui se porte à 3,5M€ par an. De plus, Bretagne international ne semble pas souffrir d'un manque de dynamisme du moins à la lecture de ses rapports d'activité. L'association met plutôt en évidence un travail à réaliser sur la notoriété de l'association et l'amélioration de l'homogénéité de la qualité du travail des relais dans les pays étrangers. La procédure de dissolution et création ex nihilo n'apporte pas de réponses à ces questions. Vous allez nous répondre que ces questions seront travaillées à l'automne 2012. Mais par qui ? Certainement pas par cette assemblée qui devra se contenter d'un prochain bordereau sur la nomination des représentants dans les structures. Nous n'aurons pas l'opportunité de débattre sur les objectifs confiés à Bretagne Commerce International et sur l'articulation avec Bretagne Développement Innovation.

Je profite de cette occasion pour réitérer notre demande de l’année dernière pour connaître la répartition des rôles entre les services de la Région et l’Agence Economique de Bretagne.

Comme à chaque fois, nous nous contenterons de communication, de dont-actes comme le reflètent à nouveau ces 3 jours de session. Ce que nous trouvons fort dommageable.

Un autre point doit être soulevé. Les ressources humaines affectées à cette association. Lors de la commission de vendredi dernier, monsieur le Président de la commission développement économique nous a indiqué que ce sera l'addition entre les agents de l'Etat en provenance de la CCI mis à disposition et les salariés de Bretagne International. Seule la direction fera l'objet d'un choix, d'une économie d'agents nous ne le savons pas. Mais revenons à l'articulation entre l'agence économique et la nouvelle structure. C'est un point important. En effet, si c'est bien BDI qui définit les filières de l'export, mission déjà exercée par feu Bretagne International, ces agents experts dans les filières dont vous signalez leur valeur au sein du bordereau seront affectés à quelle structure ? BDI ou BCI ? Si je comprends votre raisonnement ce sera BDI. Nous considérons que ces points ne sont pas à prendre à la légère et permettrons la réussite de la fusion et surtout aussi une bonne articulation entre les deux structures.

Pour conclure, nous souhaiterions Monsieur le Président que vous vous exprimiez sur le train de vie de Bretagne International notamment sur un poste préoccupant depuis de nombreuses années qui concernent les salaires et traitements de cette association. Ils s'envolent depuis maintenant quelques années. Pour quelles raisons ? Monsieur le Président, sur ce point, nous attendons quelques précisions.

Comme nous avons pointé de nombreux points de vigilance et devant le peu de débat au sein de cette assemblée, nous nous abstiendrons sur ce bordereau.

Télécharger l'intervention de Delphine David lors de la discussion relative à la création d'un nouvel outil d'accompagnement de l'internationalisation des entreprises par fusion Bretagne International/CCI international