Intervention de Delphine David à propos de Bretagne 2030

Intervention de Delphine David à propos de Bretagne 2030

Monsieur le Président, Mes chers collègues,

Nous commencerons notre propos par un résumé de ce bordereau en forçant, je vous l’avoue, le trait mais l'avenir nous dira si vous avons eu raison.

Bretagne 2030, un exercice de prospective territoriale ou comment distiller sur les territoires le cadre régional de référence "Bretagne solidaire, créative et responsable" ou de manière actualisée le changement c'est maintenant !

Le contenu de ce bordereau est ambigu. D'autant plus que très rapidement on s'en tient à un exercice technique, à un début de méthodologie qui semble encore balbutiante. Il reste suffisamment évasif pour éviter les questions relatives à l'utilité de cette énième étude et au budget affecté à la coordination de ces travaux qui devraient relever du débat au sein de cette assemblée. A l'heure du mercato, est-ce le transfert de Monsieur Sourdat de l’Agence économique à la direction générale qui soulève une nouvelle mission ? A qui sont destinés les résultats ? Seront-ils utilisés pour les prochaines échéances électorales ? Quels moyens sont affectés à ce rassemblement général ? Comment faire participer les bretons en dehors de toutes organisations ? Pourquoi 2030 ? 2040 ? Comment ne pas tomber dans l'écueil de désirs d'avenir lancé par Ségolène Royal lors de l'élection présidentielle de 2007 ? Comment éviter le énième diagnostic de Bretagne 2030 ? J'invite déjà chacun de mes collègues à collecter déjà toute la prose existante sur les perspectives de développement et d'aménagement du territoire breton au cours des prochaines décennies.

A la lecture de quelques brides, on peut comprendre que la finalité de l'exercice que vous souhaitez réaliser semble répondre à la nécessité de fonder une assise sociale et politique à la région, de structurer des rapports, tout en recourant à d’autres moyens pour ce faire que ceux de l’institution régionale notamment au travers de ce que vous appelez « l'esprit de rassemblement ». Mais cela quand même avec le budget régional ! Cette prospective deviendrait alors nécessaire face à un nouveau rapport sociétal au progrès.

Nous commençons ici à toucher un point d'incompréhension face à votre empilement des démarches. Nous citerons l'agenda 21 à l'heure de la deuxième génération. Pourrions-nous de grâce économiser du temps et donc de l'argent et de fondre cette démarche prospective avec l'agenda 21 régional. En effet, le concept de durabilité impose un mode de pensée projectif. Nous sommes d'accords. D'ailleurs le sommet de RIO de 1992 définissait déjà l'agenda 21 comme un programme d'actions à long terme. Alors prenons acte dès maintenant.

Vous tombez également dans le piège classique de ce type de démarche en évoquant la production d'une stratégie propre à la Bretagne. Certes, nous avons des spécificités mais nous ne sommes pas un produit exclusivement singulier. Notre mode de développement aura des points communs avec celui de nos voisins. Attention, nous ne devons pas nous enfermer dans notre Bretagne. L'ouverture au monde extérieur est indispensable pour l'avenir de la Bretagne. Le monde est en perpétuel mouvement, les rapports de force se modifient. Nous devons aujourd'hui prendre en compte ce nouveau contexte pour revisiter en effet notre mode de développement.

Autre élément plus embêtant ce que vous citez page 2 comme principe de la démarche "le degré d'appropriation de la vision et de ses orientations par les acteurs de terrain et les bretonnes et bretons eux mêmes". Pourquoi vouloir à tout pris le consensus sur le programme d'actions ? Pourquoi doit-on penser comme son voisin ? Pourquoi cette uniformité à tout prix ? Pourquoi le pluralisme n'a plus lieu d'être ? Vous poursuivez, je vous cite «l’apparition de divergences sur le fond ne sera pas évitée et des choix devront être faits". Je tiens à vous dire que nous sommes en parfait désaccord avec votre approche. Une démarche prospective doit faire apparaître des divergences et doit les laisser en évidence. C'est clairement l'intérêt d’une démarche prospective. Sinon, le risque est de tomber dans la manipulation. Qui sera donc l'arbitre dans les choix de Bretagne 2030 ?

Dernière remarque : qui nommera les élus du conseil régional au sein du comité d'orientation politique ? Quelles sont les grandes personnalités politiques régionales invitées à participer à cette réflexion ? Quels sont les critères retenus pour recruter les personnalités composant ce comité d'orientation scientifique.

Notre groupe sera vigilant sur le travail réalisé, sa portée, son exploitation et son financement.

Je vous remercie.

Télécharger l'intervention de Delphine David à l'occasion de la discussion relative à "Bretagne 2030"