Intervention de Françoise Louarn concernant la lutte contre les algues vertes : Baie de la Forêt

Intervention de Françoise Louarn concernant la lutte contre les algues vertes : Baie de la Forêt

Monsieur le Président,
Mes chers collègues,

Nous n’avions pas approuvé la nouvelle alliance agricole et nous nous étions abstenus sur la stratégie régionale de lutte contre les marées vertes. Nous avions soutenu le plan gouvernemental mais avec un certain nombre de réserves que nous avions obtenues d’ailleurs.

Nous refusons l’idée que l’agriculture soit considérée comme un sous-produit de l’environnement, qu’elle soit perçue seulement comme un risque alors qu’elle est une force économique pour la Bretagne. Elle doit rester économiquement rentable pour l’agriculteur et compétitive.

Une fois de plus, de grandes tirades sur l'installation, le foncier, les jeunes, la critique des autres structures mais quelle est votre action concrète ?

Un de vos objectifs affichés dans la stratégie régionale est de stimuler les partenariats entre agriculture et tourisme. Quel lien pratique avec la baisse du flux d'azote ? Dans le plan gouvernemental, il n'est pas question de cela.

Dans ce bassin versant, l’agriculture représente 7 000 ha soit 55 % de la surface du bassin versant. Pour le reste ce sont des communes, des habitations, un golf, des ports de plaisance. Ces derniers ne sont pas mentionnés. Quelles seront les mesures à prendre ?

De plus, on a toujours le sentiment de toujours repartir de zéro sans reconnaitre les efforts et changements de pratiques faits par les agriculteurs depuis des années.

L’évolution est pourtant incontestable en Bretagne.

Dans le canton de Fouesnant, la charge azotée est d’à peine 100unités N/ha. Sur ce territoire, l’agriculture s’est éteinte, éliminée par les résidences secondaires sur la côte. On peut penser aussi que ce sont ces mêmes terrains, aujourd’hui construits, tout au long de la côte, qui servaient depuis toujours de zone-tampon avec la mer. Bétonnés, ils ne peuvent plus jouer leur rôle. Les conséquences en sont à évaluer aussi.

Chaque charte de territoire était censée fixer, au vu de ses caractéristiques, des indicateurs spécifiques. Dans certains territoires, ils ne sont pas encore définis et les chartes ne sont pas signées. Vous fixez pourtant les vôtres d’ores et déjà : le nombre d'exploitations soit ! Mais l’augmentation de la surface en herbe : à partir de quels critères ?

Pour exemple : cette zone du Sud-Finistère est une zone de sécheresse récurrente en été et en automne, et même au printemps cette année. Des agriculteurs demandent, au contraire, de faire des retenues collinaires pour arroser. Que fait-on des systèmes herbes dans les exploitations laitières ? Que fait-on des cultures de légumes ? Va-t-on les produire ailleurs ? Va-t-on laisser partir ce savoir-faire ? Nos prédécesseurs ont su construire des filières entières que nous allons laisser partir ? Ce sont des questions que nous devons nous poser.

Enfin, on a du mal à entendre que tout serait trouvé en matière de causes d’algues vertes et qu’il n’y aurait plus de recherches à poursuivre. Force est de reconnaitre que l’on ne sait pas vraiment les véritables raisons des échouages de ces algues vertes sur nos plages. Il est évident qu’il faut continuer la Recherche mais une Recherche "indépendante" qui ne s’arcqueboute pas sur des certitudes vieilles de 20 ans, une Recherche qui accepte d’autres idées comme celles du Professeur Genin, du chercheur Christian Buson, une Recherche qui renforce ses liens avec d’autres pays concernés, pays qui ont d’autres approches que les nôtres.

Ainsi, on privilégie aujourd’hui en Bretagne la recherche à terre avec les seuls flux d’azote dans les rivières. On doit impérativement voir aussi du côté de la recherche en mer et impliquer le rôle déterminant du phosphore dans ce phénomène d’eutrophisation, ainsi que l’existence de l’azote atmosphérique qui de toute évidence agit dans les baies de petites profondeurs. C’est à ces conditions que l’on y arrivera.

Et pour vous éclairer, je terminerai mon propos en précisant que fin février, la communauté européenne annonçait qu’elle poursuivrait la France pour son incapacité à lutter contre la pollution des eaux par les nitrates. Certains en ont profité pour créer l’amalgame en liant ce dossier au phénomène des algues vertes et à la Bretagne. Mais la communauté demandait seulement à la France de désigner davantage de zones vulnérables. La Bretagne, je vous rappelle, est entièrement en zone vulnérables depuis 1993 !

Je vous remercie.

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