Intervention de Delphine David concernant les dispositifs régionaux pour le développement de l’économie régionale

Intervention de Delphine David concernant les dispositifs régionaux pour le développement de l’économie régionale

Monsieur Le Président,
Chers collègues

Nous connaissons aujourd'hui une situation particulière de crise profonde et systémique. Notre système monétaire, financier et économique est basé en particulier sur un facteur subjectif, la confiance. Et ainsi en effet boule de neige la crise financière a induit une crise de l'économie réelle. En ce début 2012, les chefs d'entreprise bretons n'envisageant pas un redressement de l'économie dans le premier semestre de cette année reportent leurs décisions d'investissements et d'embauches. Ils ressentent également un resserrement des conditions d'accès au crédit. Autre facteur d'inquiétude les carnets de commande du secteur du BTP sont peu fournis à l'heure actuelle. Pour autant nous pouvons leur rendre hommage car ils se battent quotidiennement pour maintenir l'emploi actuel et ce quel que soit leurs secteurs d'activités.

Face à cette situation, nous pouvions donc sereinement envisager une action volontariste de la région Bretagne dans le domaine de l'économie et surtout au delà des actions de fonds de nouvelles actions ayant un impact à très court terme sur l'activité économique bretonne.

A la lecture des bordereaux, nous identifions plutôt être dans une année de transition ou certes de nouvelles actions semblent se dessiner au cours de l'année mais restent dans un effet à moyen voire long terme sur l'activité. Nous ne trouvons pas d'actions pouvant répondre à l'urgence de nos entreprises.

Je commencerai par évoquer quelques satisfactions. J'évoquerai notamment les nouveaux outils issus des programmes stimulés par les politiques nationales qui consacrent donc l'investissement de l'Etat en la matière :

  • la création de la société d'accélération du transfert de technologies (SATT). Cette création est permise grâce aux investissements d'avenir. L'objectif est de regrouper l'ensemble des équipes de valorisation des sites universitaires et mettre fin au morcellement des structures pour améliorer l'efficacité du transfert de technologies et la valeur économique créée. Le modèle économique repose sur la prestation de services, le soutien à la maturation et à l'investissement. L'État y consacre 900 millions d'euros. Ce principe de guichet unique nous paraît aller dans le bon sens de la clarification.
  • Autre exemple, le dispositif Innov'acteurs pour promouvoir l'innovation auprès des TPE et PME. Ce dispositif est intéressant puisque peu de PME sont véritablement organisées pour innover : manque de temps, manque de ressources, manque d'aides. Les outils le plus souhaités par les chefs d'entreprise sont la formation continue et l'embauche de collaborateurs qualifiés. Ce dispositif semble répondre à leurs attentes. J'ajouterai qu'il faut veiller à une communication  adaptée et simple d'accès.
  • Un bémol cependant, l'indicateur 3 du bordereau aurait pu être alimenté par les données 2011 et demander à BDI de proposer des indicateurs plus intéressant sur l'innovation. Quelques commentaires pour chaque indicateur auraient été les bienvenus.
  • Autre point de satisfaction, le fonds d'amorçage inter-régional en lien avec le fonds national d'amorçage des investissements d'avenir pour permettre l'amorçage des projets innovants en permettant aux PME d'accéder à des financement externes bancaires ou de marché. Il s'agit d'un bon dispositif d'accompagnement en fonds propres des territoires.

Nous saluons enfin le postulat que vous posez concernant l'internalisation. Je vous cite «la concurrence entre les différents opérateurs de l'accompagnement des entreprises à l'international représente un handicap supplémentaire.» Il est temps de s'en apercevoir. Nous vous avions déjà interrogé sur cette situation. Pour autant, nous aurions préféré une fusion de Bretagne international avec BDI. De même que pour l'innovation, alors même que le financement de Bretagne International est confirmé dans le bordereau, pour quelles raisons les indicateurs de la page 44 ne sont pas renseignés ? J'aime beaucoup les points d'interrogation "?" mais je préfère les réponses dans le tableau d'indicateurs. L'analyse de la situation aurait pu être plus complète notamment face aux constats justifiés dans votre introduction concernant la faible part des entreprises bretonnes à exporter.

Après les satisfactions, quelques déceptions.

Tout d'abord commençons par un sujet qui vous tient à cœur Monsieur le Président : la marque Bretagne que vous avez lancé à grand renfort de communication et donc de budget. Tout d'abord nous sommes surpris du peu de place que vous accordez dans ce bordereau à cette marque Bretagne : 2 lignes. Pour autant, ces deux lignes sont fort intéressantes et marquent bien votre déception. Mais comme souvent vous n'y apporter aucunes actions correctives. Si je vous comprends, votre déception concerne la participation des entreprises à la marque Bretagne. Pour être plus précis que votre bordereau  aujourd'hui 143 organismes adhérent à la marque Bretagne. Sur ces 143, seulement 43 entreprises en feraient partie. Par ailleurs la majeure partie représente des entreprises fortement identitaires. Vous indiquez page 42 du bordereau que les entreprises doivent y trouver leur place. Ma question est simple. Comment allez-vous vous y prendre ? Comment permettre un effet d'entraînement sur les entreprises ? Quelle Valeur Ajoutée peut apporter la marque à la compétitivité de nos entreprises ?

Autre déception, la jeunesse. Alors que nous avions déjà indiqué que nous trouvions pauvre les propositions de la charte jeunesse dans le domaine de l'économie. Les bordereaux économiques sonnent creux conformément à vos engagements. Vous  proposez à la jeunesse bretonne uniquement 3 propositions :

  • qu'un dispositif spécifique pour abonder la rémunération des jeunes via le service civique, vous soutenez donc une action portée par l'État
  • soutien à l'embauche de stagiaires ou de volontaires internationaux en entreprises. Nous sommes très loin des discours que nous entendons au sein de vos bancs souvent concernant l'abus d'utilisation des stagiaires dans les entreprises.
  • participation à la vie associative

Je crains que nous ne réconcilions pas notre jeunesse avec le monde politique.

Dans notre introduction, j'évoquai des actions urgentes et d'effet à court terme. Nous sommes en désaccord avec vous concernant la reprise et la transmission des entreprises. Vous êtes à la traîne. En effet vous annoncez qu'un plan spécifique de la reprise d'entreprise est en cours d'élaboration. De même, il est dommageable de lancer une évaluation du dispositif BRIT (accompagnement notamment de entrepreneurs : prêts d'honneur) alors même que la convention se termine maintenant, c'est-à-dire en février 2012. Nous insistons sur ce point car nous connaissons tous les pyramides des âges de nos dirigeants et la nécessité de maintenir l'emploi. Cette observation trouve d'ailleurs écho dans le nouveau rapport de la CCI Bretagne sur une étude prospective 2011/2020 parue le 1er février 2012. La chambre s'attache à mesurer l’impact, dans les 10 prochaines années, du vieillissement de la population des chefs d’entreprises et de ses effets sur la transmission, le tissu économique et l’emploi en région. Une situation qui n’est évidemment pas sans incidence sur le maintien des savoir-faire et des centres de décisions en Bretagne, de même que sur la vitalité du tissu économique et de nos territoires. Les résultats présentés dans cette étude montrent que la transmission et la reprise de ces PME et TPE restent plus que jamais un enjeu économique majeur, je les cite : d’ici 2020, 7 700 entreprises bretonnes de 5 à 200 salariés, soit 1 PME sur 2 de cette taille seront en situation de reprise suite au départ en retraite programmé de leurs dirigeants. L’accroissement de la part des 60 ans (dû probablement aux difficultés liées à la crise et aux souhaits des dirigeants de cette catégorie de ne pas vendre à cette période) montre qu’il existe un marché de court terme particulièrement important, qui n’est plus à sensibiliser mais à soutenir et à accompagner. Le premier segment qualifié rassemble aujourd’hui près de 2 144 PME représentant un cumul de plus de 40 000 emplois. Pour ce segment, les travaux à engager pour une transmission « achevée » sont urgents. Notre groupe salue le travail de la CCI sur ce sujet qui est même détaillé par pays mais insiste sur la prise en compte plus rapide par la région de ces résultats et d'imaginer des actions fortes en la matière pour permettre la transmissions de ces 7 700 entreprises à très court terme. C'est dommage, le budget 2012 prend peu en compte cette situation.

De même vous évoquez peu, dans vos rapports, le gisement des entreprises de tailles intermédiaires représentant en Bretagne 117 400 salariés qui contribuent à un effet d'entraînement sur l'économie. Avez-vous prévu une étude approfondie sur leur besoin en innovation et en internalisation ?

Je terminerai mon propos sur un élément maintes fois rappelé et qui est présent également au sein du rapport du CESER : la clarification des dispositifs et des missions entre BDI et les services de la région. Je ne parle pas de suppression du service économique de la Région mais bien de clarification. Très souvent en tant qu'élue au sein de cette instance, je suis interpellée par nos entreprises locales qui ne connaissent pas ou peu l'action de la région dans le domaine économique. Il conviendrait je pense de réintroduire un guide pratique. Et puis j'invite BDI à être plus complet dans sa présentation au sein du programme 226 qui reste très succinct. Dans cette période où nous devons innover et relancer notre compétitivité nous devons pour cela disposer d'analyse plus détaillée pour nous aider à la décision.

Je vous remercie.

Télécharger l'intervention au format pdf