Jacques Le Guen interpelle l’Exécutif sur la politisation du Conseil culturel

Jacques Le Guen interpelle l’Exécutif sur la politisation du Conseil culturel

Monsieur le Président, Chers Collègues,

Je tiens à vous faire part au nom de notre groupe de notre stupéfaction pour ne pas dire plus de l’avis émis par le Conseil culturel de Bretagne sur vos Orientations budgétaires.

Avant d’en venir au fond, je pense qu’il n’est pas inutile de rafraichir la mémoire de nos jeunes collègues pour leur rappeler les origines de ce Conseil culturel dont les socialistes et vous Monsieur le Président ont une fâcheuse tendance à s’approprier la paternité.

C’est en effet le Président Giscard d’Estaing qui, lors d’un discours prononcé à Ploërmel le 8 février 1977, pour répondre à la demande des Bretons a permis la création officielle, signée par lui même le 4 octobre 1977, de la Charte culturelle bretonne. C’était la première fois que la République reconnaissait la culture bretonne et réparait ainsi les outrages de la 3ème République qui n’a eu de cesse de détruire notre culture bretonne et notre langue. C’était vos amis qui étaient à l’époque au pouvoir et je vous laisse sur ce sujet avec votre conscience et vous autorise même puisque c’est dans l’air du temps, une certaine repentance.

Dieu sait si l’on ne peut me soupçonner de giscardisme, mais ce Président de la République avait même eu l’audace d’inclure la Loire Atlantique dans la Charte culturelle.

C’est de cette Charte culturelle qu’est née en 1980, toujours sous Giscard le Conseil culturel de Bretagne sous forme d’une association représentant le monde associatif, donnant des avis à l’Etat et la Région sur la politique culturelle en général et faisant des propositions sur les conventions additionnelles aux contrats de plan ayant trait à la culture bretonne.

Ce petit rappel, Monsieur le Président, me paraissait nécessaire pour vous dire que nous n’avons pas de leçon à recevoir en matière de culture bretonne.

Ce Conseil culturel, par sa structure associative, représentative de la diversité culturelle avait le mérite de la souplesse dans son fonctionnement et d’une indépendance par rapport aux pouvoirs politiques d’Etat ou Régional.

Mais avec votre manie de tout vouloir institutionnaliser, régimenter et contrôler vous avez créé en 2009 une troisième assemblée la dotant de prérogatives à la limite de la légalité.

A l’époque l’opposition avait voté contre la création de cette nouvelle assemblée car elle considérait à juste titre qu’avec cette nouvelle assemblée vous dépouilliez le CESER d’une partie de ses prérogatives, qu’il ne s’agissait en rien d’une avancée démocratique puisque par exemple tous les membres qualifiés sont nommés par vous et qu’il y avait là un risque de politisation de la culture bretonne qui est notre patrimoine commun.

Monsieur le Président le dérapage que nous craignions est désormais consommé.

Il est scandaleux que le Conseil culturel dans son avis sur les Orientations budgétaires se permette de faire des remarques sur les finances de la région, la réforme territoriale, la réforme de la fiscalité. Pire encore il se permet de critiquer les avis du CESER quand il écrit « certains propos visant sous prétexte d’économies à réduire le champ d’intervention de la Région ».

Tous ces propos n’ont rien à voir avec la culture bretonne, outrepassent largement les pseudos compétences que vous avez attribuées au Conseil Culturel et s’apparentent à de la propagande électorale.

Comment en serait-il autrement alors que le Président de ce Conseil qui a présidé cette séance le 10 décembre était déjà en lice dés le 3 décembre pour être candidat aux législatives sur la quatrième circonscription du Morbihan. Il s’est certes mis en congé du Conseil culturel depuis, il aurait d’ailleurs pu démissionner et avoir l’élégance républicaine de ne pas présider le Conseil du 10 décembre.

Monsieur le Président, nous vous demandons solennellement de rappeler à l’ordre le Conseil culturel de Bretagne dans les fonctions que vous lui avez assignées. Le lieu du débat politique est cette assemblée régionale et les avis légitimes qui peuvent nous éclairer sont ceux du CESER. Tel vaut le droit que nous entendons voir respecté.

Enfin, Monsieur le Président puisqu’il est question du fonctionnement de notre assemblée une dernière remarque. Lors de l’installation de la nouvelle mandature, vous nous avez refusé la présidence d’une commission ce qui aurait été un geste démocratique comme cela a été le cas à l’Assemblée nationale et au Sénat. Sans doute n’avons nous pas la même conception de la démocratie où aviez vous des doutes sur nos capacités. Mais Monsieur le Président, contrairement à des propos entendus ici où là, l’opposition travaille même sans avoir de présidence. Pour préparer cette session que certains de la majorité doivent considérer comme accessoire, sur 7 commissions 3 ont été présidées par l’opposition pour cause d’absence des présidents de votre majorité. Ce fût un honneur pour nous.

En revanche ce qui est inacceptable c’est que votre vice-président chargé du « maigre dossier » de l’aménagement du territoire et du numérique, n’était pas présent à la commission et pour se rattraper convoque une réunion sur le numérique demain matin à 9h30 sur le temps de la session. Au moins votre vice-président à la culture, absent lui aussi de la commission culture à l’élégance de ne pas demander une réunion de rattrapage à ses collègues.

C’est une drôle de manière de concevoir la nouvelle gouvernance que vous souhaitez mener.

Je vous remercie.

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