Retranscription du discours de politique générale de Marc Le Fur – 12 octobre 2017

Retranscription du discours de politique générale de Marc Le Fur – 12 octobre 2017

Merci mes chers collègues, merci Monsieur le Présidents, Présidents, j’utilise à dessein cette expression pour insister sur le « s » de vos présidences. Vous êtes Président de la Région, c’est votre 1ère vraie session que vous avez organisé et on vous l’a dit, nous adhérons à votre volonté de moderniser la nature de nos travaux sans hésitation. Vous êtes également le Président de Mégalis. Je me réjouis que vous preniez le sujet à bras-le-corps. Il était temps.  Depuis 2 ans le sujet était en jachère.

Et puis vous êtes le président d’un groupe majoritaire d’alliance progressiste, socialiste, démocrate, à moins que ce soit démocrate, progressiste, socialiste de Bretagne. C’est la première fois que je vois un président de région, de département ou d’un maire également présider le principal groupe majoritaire. Ce n’est pas pour rien. C’est parce que vous étiez le seul en mesure de le faire vu la diversité de la composition de ce groupe, qui associe des socialistes meurtris, qui associe des En Marche explicites donc qui associe très clairement des victimes et des bourreaux. Les victimes des élections dernières, il y avait 22 députés socialistes en Bretagne sur les 27. Il n’y a plus aucun membre du nouveau groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Les bourreaux c’est-à-dire ceux qui l’ont remporté. Si l’on suit une autre métaphore que j’ai déjà utilisée, les cocus et les coquins. Ceux qui ont été les victimes de cette affaire et ceux qui l’ont remportée. D’habitude tout cela se règle ou se réglait au Grand siècle par un duel. Ici nous ne sommes plus au Grand Siècle, nous n’aurons pas de duel mais nous aurons des dagues. Des dagues qui sortiront au fil des mois quand il s’agira de prendre des positions à l’égard du Gouvernement, quand il s’agira également de prendre des positions à l’égard de municipalités importantes et j’ai lu dans la presse que certains déjà regardaient du côté de Rennes. Donc vous êtes le Président du Groupe. Cela ne me va pas tout à fait parce qu’un Président çà doit être au-dessus des groupes. C’est normal qu’il appartienne à une famille politique, c’est normal qu’il soit fidèle à cette sensibilité. Il n’empêche qu’il doit être au-dessus de tout cela. J’espère que vous le resterez.

Pour exprimer l’inquiétude des Bretons, l’impatience et parfois la colère.

Inquiétude, vous l’avez dit, sur les évolutions financières. 450 millions d’euros de crédits en moins pour les régions. C’était la contrepartie modeste, les calculs initiaux étaient bien de 900 millions de la compétence économique, c’est-à-dire la principale compétence en cette période de crise. Cela nous ait retiré, cela fait 28 millions en moins. Je me réjouis, Monsieur le Président, que vous ayez accepté de vous associez au boycott de l’ensemble des présidents de région de toute sensibilité confondue pour dire votre irritation.

Inquiétude également sur les emplois aidés, vous l’avez dit. Cela touche la question de l’enseignement, cela touche la question du social. On l’a peut-être moins dit, c’est tout le monde de la culture, le monde des sports qui risquent d’être impactés. Notre vie associative, l’un des piliers de la convivialité bretonne est directement atteinte.

Inquiétude sur le logement, vous l’avez dit en insistant en particulier sur le domaine des HLM. Alors le Gouvernement est remarquable. Il abaisse l’APL et il dit aux locataires d’HLM : « ne vous inquiétez pas, vos loyers baisseront d’autant ». A part que si les loyers baissent, cela veut dire que les recettes des HLM diminuent, cela veut dire que les investissements pour la construction diminuent. Cela veut dire que la vraie victime c’est celui qui tape à la porte pour obtenir un logement. Et cela c’est tout à fait redoutable. Mais il n’y a pas que cela dans le domaine de logement. On a envisagé un moment de supprimer le Prêt à Taux Zéro, alors on ne le supprime pas tout à fait mais on le réduit très largement. Mais tout cela impacte en particulier le monde rural. Le breton aspire à accéder à la propriété. Le Prêt à Taux Zéro est un élément majeur permettant d’accéder à la propriété. Et ceci est atteint. Et puis également, le Pinel, c’est-à-dire la faculté donnée à des investisseurs d’être encouragés à investir pour faire du locatif. Là aussi tout était fait depuis les derniers mois de l’ancien gouvernement, et je m’en étais réjoui, j’étais à l’initiative de cela avec d’autres pour étendre le Pinel. Et il est très restreint désormais en métropole. C’est-à-dire que l’on va creuser l’écart d’aide publique entre 2 fractions du territoire breton : les métropoles qui en bénéficieront encore et le reste du territoire qui n’aura plus ces avantages. Ceci clairement nous inquiète.

Inquiétude aussi sur l’agriculture. Alors on nous a beaucoup parlé des états généraux. Et il fallait le faire et c’était très urgent. Et on a fait des réunions durant l’été. Hier, le Président de la République nous dit « donnons-nous le temps ». Nous sommes en crise, il n’empêche que le Président a estimé nécessaire de prendre du temps. Ce n’est pas ce que nous avions compris au départ. J’ai d’ailleurs constaté que ce temps accordé à tout le monde, y compris la grande distribution, a soulagé Michel Edouard Leclerc. C’est l’expression qu’il a utilisée lui-même. Pendant ce temps-là hélas il se passe des choses. Et nous avons pu constater au cœur de l’été un véritable hold-up sur les primes PAC dont bénéficiaient jusqu’à présent nos agriculteurs. Ils vont perdre du fait des décisions qui ont été annoncées cet été l’équivalent de 300 millions d’euros. Soyons plus concrets encore. Je prends une exploitation laitière moyenne : 74 hectares, 60 vaches, un peu moins de 2 personnes, 2 actifs. Cela représente pour cette exploitation une perte de 2 500 euros par an alors même que son revenu en 2016 était inférieur à 7 000€. Voilà les conséquences prises discrètement, subrepticement durant l’été. Voilà ce qui a été masqué par les états généraux de l’agriculture. On se demande parfois si les états généraux de l’agriculture n’ont pas pour volonté de masquer ce type de chose.

Inquiétude également sur ce qui nous anime, notre Groupe et j’en suis convaincu bien au-delà : la Bretagne à 5. On avait des aspirations : la Bretagne à 5. On a maintenant des inquiétudes. Vous savez que la Cour d’Appel de Rennes a normalement de son ressort la Bretagne historique, c’est-à-dire la Bretagne comportant la Loire-Atlantique et Nantes. Loire-Atlantique qui représente 1/3 de son activité à peu près puisque c’est le plus gros département bien évidemment. Il est à craindre puisque maintenant on veut réorganiser les cours d’appel par grande région que la Loire Atlantique nous soit retirée. J’aimerais Monsieur le Président que vous agissiez là-dessus. On a une opportunité. On a pour une fois on a au sommet, un des 4 principaux personnages de l’Etat, le Président de l’Assemblée nationale, qui très explicitement nous a affirmé son adhésion, je veux bien le croire pour avoir été associé avec lui dans des combats de cette nature, son attachement à la Bretagne à 5.

Défendons notre Bretagne comme nous devons la défendre sur nos équipements scolaires, je pense à l’école maritime de Saint-Malo. Une question sera posée par Claire Guimener tout à l’heure, et nous souhaitons, j’oserais dire nous exigeons un soutien unanime de notre Assemblée pour que cette école d’enseignement supérieur maritime soit maintenue. Je veux bien croire que Le Havre est une ville importante, il y a des personnages havrais considérables qui sont à Matignon. Il n’empêche que nous sommes attachés à Saint-Malo.

Inquiétude mais aussi impatience. Alors là je reviens au Très Haut Débit et à Mégalis. Vous avez pris la présidence. Très bien. Il n’empêche qu’il c’était passé peu de choses ces derniers temps en dépit des efforts que je ne nie pas de notre collègue Gwenegan Bui. Qu’est ce qui se passe ? On nous parle toujours en l’état de 2030. Mais le Gouvernement a pris lui des engagements qui sont maintenant très explicites en termes de calendrier, puisque le Ministre Denormandie très clairement l’a dit « 2020 : 8 Mb pour tous. 2022 : 30Mb, c’est-à-dire le Très Haut Débit pour tous. 2025 : la fibre pour tous. Par rapports à ces engagements nationaux, nous, nous sommes toujours à 2030. C’est-à-dire que nous risquons de prendre du retard par rapport à toutes les régions. Pendant longtemps on a dit cocorico. Et là on constate que nous sommes à l’arrière du peloton. La Bretagne n’a pas le droit d’être en retard sur les autres. Sur le Très Haut Débit, aussi inquiétude financière. Notre Groupe s’est rendu en Hauts-de-France. On constate là-bas que les choses vont beaucoup plus vite et on constate également là-bas… Je vous invite à auditionner Christophe Coulon qui est le Vice-président chargé de ces questions que les choses vont non seulement plus vites et sont moins chers. Il faut se poser des questions. Peut-être qu’ils ont utilisé d’autres outils ? Peut-être qu’ils ont su mettre en concurrence d’autres partenaires ? Peut-être qu’ils ont su ce que nous n’avons pas su faire associer la caisse des dépôts à leur projet dès le départ. Autant d’éléments dont nous pourrions nous inspirer.

Impatience également sur les questions de santé. Nous le disons à chaque fois. Mais nous avions entendu la dernière fois Monsieur le Président que vous disiez, je cite très exactement vos propos «en session d’octobre nous aurons le document final dans le cadre du Schéma Régional de Santé et on rajoutera nos préconisations et donc les actions etc… ». Rien, pas même un rapport, pas même un bordereau. C’est-à-dire que l’Etat va prendre des décisions qui peut-être vont dans le bon sens, je ne juge pas à priori, pour étendre les zones prioritaires des déserts médicaux de façon à éviter qu’ils se développent. Mais là nous n’avons rien à dire puisque nous n’avons pas de politique. Je regrette que nous soyons inactifs sur un des sujets qui préoccupe le plus nos concitoyens.

Inquiétude mais aussi impatience sur le domaine de l’apprentissage. Nous vous avions alerté lors du BP. Bernard Marboeuf et d’autres nous avions dit « ce n’est pas sur l’apprentissage qu’il faut baisser les crédits… Vous les aviez baissés. Vous rendez hommage à votre opposition cette fois ci puisque vous les rétablissez. Bien ! Pour une fois c’est mieux. Il n’empêche que nous sommes sur les 13 régions métropolitaines la 12ème région en termes d’apprentissage avec seulement 4,4% des jeunes de 16 à 25 ans qui sont en apprentissage. Nous avons un rapport. Très bien. Je regrette que ce rapport face l’impasse sur un certain nombre de sujets en particulier sur l’hébergement des apprentis. Sujet pourtant majeur.

Colère aussi de nos concitoyens. Colère sur le transport collectif. J’ai avec moi des extraits de la PQR sur les problèmes de transports collectifs durant tout l’été. A l’évidence on n’avait pas tous ces soucis là il y a quelques mois. A l’évidence aujourd’hui on a non seulement des retards mais un service qui se dégrade et des horaires qui ne sont pas dignes de ce qu’attendent nos usagers compatriotes bretons. Je souhaiterais que l’on soit plus exigeant en particulier à l’égard de la SNCF là-dessus. Il n’y a aucune raison que nous prenions du retard. Je parle là de Questembert, de Redon, de Quimper, de Saint-Malo, de Plouaret, de Saint-Brieuc etc… Soyons exigeants à l’égard de la SNCF. J’ai pu constater que les cadres supérieurs de la SNCF gagnaient très bien leur vie me semble-t-il. Je crois que l’on peut raisonnablement être exigeants à leur égard.

Sur le transport, on a aussi un autre sujet qui est celui du transport individuel. Notre gouvernement prévoit une augmentation très sensible du prix du gasoil. 7 centimes par an pendant 5 ans. J’ai fait le calcul. Je prends l’exemple d’un couple. Chacun travaille à 30 kilomètres de son domicile. Ils ont des enfants, il faut donc les acheminer le samedi, le dimanche au sport, que sais-je. Pour ce couple, 30 kilomètres de son domicile, il y a des milliers, des dizaines de milliers de Bretons dans ce cas. Le coût de l’augmentation du gasoil de 7 centimes par an, c’est à la fin une surcharge de 2 000€. 1980 € exactement. Voilà le coût. Je prends l’exemple de quelqu’un qui a un véhicule tout à fait moyen, tout à fait ordinaire. En augmentant le prix du gasoil, en ayant un service de transports en communs qui se dégrade objectivement c’est un mode d’habitat breton que nous condamnons. Les Bretons ont aspiré à avoir une maison individuelle, à avoir un jardin, à avoir de l’espace. Ils admettent qu’il faut circuler, mais encore faut-il que le coût de ce transport ne soit pas excessif.

Je termine Monsieur le Président en vous redisant que sur un certain nombre de bordereaux de cette DM nous n’aurons pas d’opposition. Il y a des éléments de détails, des éléments dont nous avons déjà débattu ensemble. Mais ce que je regrette surtout, ce que nous regrettons, c’est que cette DM, volontairement n’aborde pas un certain nombre de sujets majeurs qui sont les préoccupations des bretons aujourd’hui dans le domaine du transport je l’ai dit, dans le domaine du logement je l’ai dit, et j’ai noté que vous l’aviez dit vous-même et également dans le domaine de l’Internet et du Très Haut Débit. Chaque jour, autant que nous sommes, quelque soient nos sensibilités, nous sommes alertés sur cette question et nous restons coi parce la réponse n’est pas encore à la hauteur des demandes de nos concitoyens. La Bretagne n’a pas le droit d’être en retard. On ne vous demande pas nécessairement de donner des exemples et des leçons à tout le monde. Mais on lui demande en tout cas d’être à la hauteur des préoccupations des habitants de notre belle région.