Jacques Le Guen – Discussion de politique générale

Jacques Le Guen – Discussion de politique générale

Je vous félicite à mon tour pour votre réélection du mois de mars. Vous avez déclaré qu'elle fut la plus belle des victoires de votre carrière. Chacun sait qu'elles ont été nombreuses depuis 30 ans, mais je crois volontiers que celle-ci doit avoir un goût tout particulier pour vous.

Au-delà du succès personnel qu'elle vous procure incontestablement, je crois qu'elle vous dégage l'horizon dans votre propre camp. Elle fait de vous l'homme fort de la gauche bretonne. Vous allez pouvoir gérer le Conseil régional avec une majorité aux apparences homogènes et quasiment monochrome. Incontestablement, c'est une victoire totale, faisant l'admiration de tous ceux qui croient à la politique et aux ressources que procurent un engagement militant de toute une vie.

Ainsi donc, avec cette élection idéale, s'achève au Conseil régional le temps des palabres et des conciliabules. L'époque où vous deviez négocier, discuter ou « colloquer » avec des camarades récalcitrants, qui renâclaient à partager certaines de vos priorités, est a priori derrière vous. Depuis un mois, vous êtes en mesure d'agir vraiment. Enfin, vous êtes le Président de Région aux mains libres que vous avez tant rêvé d'être.

Les fortes personnalités socialistes – incontournables pour votre accession au pouvoir il y a six ans – ont été délicatement écartées cette fois-ci. Vous vous êtes aussi habillement débarrassé des turbulents radicaux de gauche. Cerise sur le gâteau – sur un coup politique qu'il faut bien qualifier de « génie », vous avez repoussé vos anciens alliés écologistes et autonomistes dans l'opposition, en refusant de fusionner avec eux entre les deux tours. Vous voici donc devant nous avec une majorité choisie et toute entière dévouée au projet que vous avez porté. Chapeau l'artiste !

Cette majorité, entièrement forgée à votre main, va vous permettre de traiter les dossiers restés en souffrance entre 2004 et 2010. Croyez-le bien, je m'en réjouis pour la Bretagne. Certes, vous êtes le seul Président de Région en France métropolitaine élu ou réélu uniquement sur un programme de premier tour et donc sur une plate-forme socialiste. Je n'en suis pas le plus heureux, mais sans rejeter en bloc et par avance la politique que vous allez conduire dans les quatre prochaines années, la singularité de votre élection va vous permettre de prendre rapidement des décisions courageuses sur les dossiers déterminants, cités dans votre discours d'inauguration, même si beaucoup aurait pu – ou dû – l'être dans le mandat précédent.

Je voudrais revenir rapidement sur les déclarations récentes de votre ami Alain Rousset, Président de l'ARF qui demande, avec vous, l'ajournement de la réforme territoriale. Au nom de quoi la demande-t-il ? Quelle légitimité a-t-il pour faire pression sur le gouvernement ? Tout au long du mandat précédent, les Régions de gauche ont essayé de se comporter – et la Bretagne n’était pas en reste – en contrepouvoir face aux gouvernements successifs. Il y a quelques mois, vous avez vous- même utilisé ce terme à Scaër dans le Finistère pour qualifier le rôle du Conseil régional par rapport à celui de l’État. Cette conception de la décentralisation est on ne peut plus choquante.

Ni vous, ni nous ne sommes élus ici pour cela. Notre Assemblée régionale n'est pas le Parlement du peuple français – ni même celui du peuple breton d'ailleurs –, et si certains d'entre nous assument des mandats parlementaires, ce n'est pas dans cette enceinte que nous devons exercer nos tâches de législateurs et de contrôleurs de l'action gouvernementale. Nous sommes ici, avec vous, pour gérer une collectivité locale et assumer nos compétences telles qu'elles ont été définies par la loi. Rien de plus.

La réforme territoriale n'a pas être ajournée parce que les Présidents de Régions l'exigent. Elle était un engagement de la majorité parlementaire. Elle continue d'être discutée, là où elle doit être discutée, et elle sera adoptée selon la volonté des parlementaires qui ne sont pas les plus mal placés pour décider de son sort.

J’ai écouté avec attention les propos de M. Ferrand qui, le connaissant, a été une fois de plus lyrique. Mais je voudrais lui rappeler cette phrase de Charles-Maurice de Talleyrand Périgord : « Tout ce qui est excessif est insignifiant ». Quant à la réforme territoriale plus largement, plutôt que d'affirmer des positions définitives et péremptoires, vous auriez pu en discuter ici ces derniers mois.

L'opposition précédente vous avait suggéré de réunir un groupe de travail qui fasse des propositions concrètes et bretonnes. Préférant rejeter, tout net, l'idée même d'une réforme, qui ne pourrait pourtant qu'améliorer les choses, tant notre décentralisation est devenue complexe, vous avez refusé ! Il relevait de votre choix  et de celui de vos collègues de ne pas associer les Conseils régionaux de manière officielle à la réflexion sur la réforme des collectivités locales quand il était temps de le faire. Ne venez pas vous plaindre aujourd'hui de ne pas avoir été suffisamment consulté, puisque vous vous êtes vous-même privé d'un droit de parole. Aujourd'hui, le texte est sur le bureau du Parlement, c'est donc à lui de trancher.

Surtout, que l'ARF se rassure, la clarification des compétences qu'elle appelle de ses vœux va être faite, avec comme premier objectif, ainsi qu'elle le demande, d'être plus efficaces et économes des deniers publics, dont chacun sait qu'ils se font rares à tous les niveaux ces derniers temps. Voilà les réflexions que je souhaitais vous livrer. J’aurais pu continuer longtemps, mais je préfère rester dans mon temps de parole. Merci.

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