Bernadette Malgorn – Discours de politique générale

Bernadette Malgorn – Discours de politique générale

Monsieur le Président,

Vous avez décidé d’ouvrir cette deuxième séance d’installation, consacrée à l’organisation de travail des élus au sein de l’Assemblée, dans les commissions et dans les organismes extérieurs, par un discours de politique générale. Mes collègues du groupe et moi-même interviendrons sur les rapports présentés.

Mais puisque c’est la première fois que notre groupe s’exprime dans notre Assemblée, nous saisissons cette occasion pour vous dire la manière dont nous comptons exercer le mandat que nous ont confié les Bretonnes et les Bretons.

Monsieur le Président, vous disposez de la majorité, et cette majorité vous donne la légitimité pour conduire l’exécutif régional. Un suffrage exprimé sur deux s’est porté sur votre liste. Un sur trois sur la nôtre, dont les élus se retrouvent dans le groupe « Breizh da Zont– Bretagne à venir ».

Nous entendons exercer le mandat que les Bretonnes et les Bretons nous ont confié dans la plénitude de nos responsabilités, et nous serons une opposition combative, vigilante et soucieuse de l’intérêt général des Bretonnes et des Bretons.

Une opposition combative.

J’évoquerai trois dossiers majeurs, sur lesquels les membres de notre groupe seront non seulement combatifs, mais intransigeants. Le déséquilibre Ouest-Est et la Bretagne centrale. La composition géographique de l’exécutif régional, avec six Vice-présidents d’Ille-et-Vilaine et seulement trois du Finistère sur quinze Vice-présidents, nous paraît de mauvais augure et inquiétant quant à la considération portée et au poids accordé aux élus de l’Ouest breton. Durant les six années que vous, Monsieur le Président, avez déjà passées à la tête de l’exécutif de la Région, le fossé entre l’Ouest et l’Est s’est creusé, la Bretagne centrale n’a pas eu le second souffle attendu.

La pression démographique que nous avons connue va se poursuivre. Elle est notre richesse, pour peu que des politiques volontaristes soient conduites pour éviter la concentration trop forte des populations nouvelles à l’Est de la région et sur le littoral.

Des politiques volontaristes.

Prenons quelques exemples. Mettre Brest et Quimper à trois heures de Paris, non pas « environ trois heures ». Nous avons lu dans le dossier que vous nous avez remis, aux nouveaux élus que nous sommes, dans le rapport sur le budget 2010, mission 5, page 26, une présentation un peu inquiétante de cette question.

Nous ne pourrons pas nous contenter de « rustines » ici et là pour gagner une seconde ici et trois là. À l’occasion de la signature du contrat de prêt avec la Caisse des Dépôts et Consignations, on aura compris que, pour certains, l’objectif des trois heures devient de plus en plus flou. Pour nous, le projet LGV et le projet BGV sont indissociables et doivent être conduits à la même vitesse pour éviter que la Bretagne ne soit durablement « à deux vitesses ».

Rééquilibrer l’Ouest et l’Est, ce n’est pas pratiquer des « politiques réparatrices », c’est encourager de vrais projets pour construire autour de Brest un pôle métropolitain de l’Ouest breton axé sur les thématiques marines – vous avez évoqué le grand emprunt, et cela constitue une occasion qu’il ne faudra pas laisser passer – avec Quimper, Morlaix, Lannion, voire d’autres villes et qui doit rayonner vers le Centre Bretagne.

Irriguer le Centre Bretagne, c’est aussi avoir la volonté d’achever au plus vite la RN 164 qui doit devenir notre priorité routière et en prendre les moyens, en lien avec l’État.

L’équilibre territorial passe aussi par la diffusion du très haut débit dans toute la région. Le haut débit était annoncé comme l’une des priorités en 2004, et avouons que, durant six ans, l’on n’a guère progressé. Pour nous, le très haut débit pour tous est la véritable priorité pour répondre aux besoins de développement économique, social et culturel de la Bretagne. Il s’agit d’un dossier majeur d’aménagement du territoire et nous voulons des résultats concrets dès 2014.

Deuxième dossier sur lequel notre groupe sera combatif : l’agriculture et l’agroalimentaire. Vous avez annoncé la création d’un groupe de travail dédié à l’agriculture. Vous avez resitué le contexte du débat européen. Nous y avons désigné nos quatre représentants, dont deux agriculteurs actifs, Hervé Guelou et Françoise Louarn.

Je ne vais pas dresser ici un tableau de l’agriculture bretonne. On s’aperçoit d’ailleurs que tout le monde reconnaît aujourd’hui la détresse des agriculteurs et les difficultés rencontrées par la filière agroalimentaire. Il y a urgence. Nous ne nous contenterons pas de paroles, de colloques ou de groupes de travail. Nos marges de manœuvres sont étroites, mais des choix budgétaires s’imposent dès cette année. Nous serons donc particulièrement attentifs aux engagements que vous proposerez à l’Assemblée régionale lors de la prochaine décision modificative, en juin prochain, pour soutenir une agriculture diversifiée et écologiquement productive.

Troisième sujet sur lequel notre attention sera de tous les instants : l’emploi, et plus spécifiquement l’emploi des jeunes. Nous pensons évidemment aux 112 000 demandeurs d’emploi bretons, mais  aussi à ces près de 10 000 jeunes de moins de 29 ans qui, chaque année, doivent quitter la région parce qu’ils n’y trouvent pas une situation à la hauteur de leurs espérances. Pour répondre à ce que nous avons appelé « le paradoxe breton », le grand écart entre l’excellence académique et les difficultés des jeunes à accéder à des emplois correspondant à leurs aspirations, nous proposons une réponse : « Breizh Campus », une meilleure articulation entre notre système de formation et le monde économique, un décloisonnement des formations, la promotion de l’apprentissage à tous les niveaux, mais aussi un meilleur accès de tous à la formation et à une formation pour l’emploi. Nous avons entendu les propositions faites par le groupe socialiste pour les jeunes : le toit, la qualification et le projet personnel. Mais les jeunes Bretons n’ont pas vocation à remplir des stages et des dispositifs, même mis en place par la Région. Il est peut-être rassurant d’afficher des chiffres sur le nombre de jeunes en stages, en formation… Mais l’important est l’accès réel à l’emploi des jeunes Bretonnes et des jeunes Bretons. Nous proposons des formations pour l’emploi. Voilà notre exigence qui doit se traduire dans les choix politiques du Conseil régional.

Une opposition vigilante.

Notre vigilance portera essentiellement, mais pas seulement, sur trois points. La transparence de l’action publique de la Région. Dans quelques instants, vous nous demanderez d’approuver d’importantes, de trop importantes délégations à la Commission permanente. Notre collègue Bernard Marboeuf vous fera part de la position de notre groupe sur ce sujet. D’une manière plus générale, nous veillerons à deux principes qui fondent notre organisation républicaine décentralisée – nous sommes attachés au principe de la République et de la décentralisation : la libre administration des collectivités territoriales et l’égalité des citoyens devant l’action publique.

Concrètement, nous attendons de la Région qu’elle se mette au service des projets des collectivités infrarégionales, et non qu’elle impose en reproduisant une forme de « jacobinisme régional ». Je sais que l’on peut être tenté puisque le Club des Jacobins est l’héritier du Club breton. Mais notre ferveur historique n’ira pas jusque-là. Et en second lieu, [il s’agit] que toutes les Bretonnes et les Bretons, les collectivités locales, les entreprises, les associations puissent non seulement avoir connaissance des aides que peut leur apporter la Région – Guide des aides etc. –, mais qu’en plus, tous soient sur un pied d’égalité pour avoir accès aux actions régionales. Il s’agit du simple principe de respect de la démocratie.

Deuxième point de vigilance : l’exercice de la démocratie. Monsieur le Président, vous avez la majorité et dirigez l’exécutif. Cela ne veut pas dire que vous disposez des pleins pouvoirs. Comme relevé tout à l’heure, 25 % des inscrits se sont portés sur la première liste. Encore moins sur les suivantes. Ce sont les 83 Conseillers régionaux qui représentent les trois millions et plus de Bretonnes et Bretons. Nous serons donc vigilants sur les droits de l’opposition, par exemple, au droit d’amendement, à la participation aux groupes de travail, au temps de parole. Nous serons également attentifs au rôle de l’Assemblée plénière, qui ne peut être une simple chambre d’enregistrement, lieu de tel ou tel contre-pouvoir à l’État, mais une véritable instance de décision des politiques régionales au service de la Bretagne.

Et pour assumer pleinement la contribution de l’opposition à la mission de contrôle démocratique qui est la sienne, nous revendiquons, à l’instar de ce qui existe au Parlement ou dans certaines Régions, la présidence de la Commission des Finances pour le premier groupe de l’opposition que nous sommes.

Troisième point de vigilance : l’utilisation des fonds publics. La crise, qui ne s’est pas arrêtée aux portes de la Bretagne, frappe toutes les familles, nos entreprises. Plus que jamais, Monsieur le Président, chaque euro dépensé doit être un euro utile pour les Bretons. Un euro utile est un euro qui a un effet de levier. Un euro utile est un euro dépensé dans les compétences obligatoires, lourdes, stratégiques de la Région, plutôt que dans des dépenses accessoires, voire de prestige. Un euro utile, cela peut aussi être un euro laissé dans la poche des Bretons ou dans les comptes des entreprises, plutôt que prélevé sous forme d’impôts supplémentaires. Nous ne sommes pas contre la dépense publique, mais nous serons particulièrement vigilants à ce que l’argent public prélevé sur les contribuables soit utilisé avec efficacité, justice, égalité et rigueur.

Enfin, nous serons une opposition responsable et soucieuse de l’intérêt général. Notre groupe est composé de femmes et d’hommes de convictions, de femmes et d’hommes libres pour défendre les intérêts de la Bretagne. La situation est grave, nous l’avons dit et le répétons. Il y a urgence à soutenir nos entreprises, à donner aux salariés bretons qui ont perdu leur emploi des formations pour se reconvertir, à aider les jeunes à s’orienter dans des cycles de formation profondément rénovés leur assurant un emploi ici, en Bretagne, s’ils le souhaitent.

La crise est mondiale. Notre pays a su prendre les initiatives au niveau mondial et européen pour endiguer la crise bancaire et jeter les bases d’une nouvelle régulation économique et financière internationale et européenne. Le gouvernement, sous l’impulsion du Président de la République, a géré au mieux cette crise exceptionnelle – comme on n’en avait pas connu depuis 1929 – avec le soutien à l’économie, le plan de relance et le Grand Emprunt dont il vient d’être reconnu qu’il ouvre des perspectives intéressantes pour la Région. Dans les moments de crise, il faut encore plus se serrer les coudes. Cela est vrai au niveau breton, et nous saurons être au rendez-vous décisif. Mais la Bretagne n’est pas une île. Et la solidarité régionale n’a de sens que si elle s’inscrit dans une solidarité nationale et européenne.

Notre groupe « Breizh da Zont – Bretagne à venir », dans la diversité de nos sensibilités et l’unité de nos convictions assumera ses responsabilités pour le bien commun, pour l’intérêt général de la Bretagne, des Bretonnes et des Bretons.

Je vous remercie.

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